LE SUPERMARCHE / LUI
Si je déteste les Supermarchés c’est que je suis trop sensible.
Trop sensible au Packaging. Au supermarché je suis vulnérable, prêt à acheter n’importe quoi du moment que le paquet est sexy : du fromage en stick, des céréales au wasabi et même des gâteaux de régime s’ils sont en forme de dinosaures.
Trop sensible aussi au destin des milliers de produits étalés, futures victimes de la gloutonnerie des consommateurs. Pauvres petits produits, achetés, consommés et jetés ! Si je rentre seul, à peine passé le portique, l’empathie s’active : je suis un produit sexy, j’ai l’impression qu’on peut me mettre dans un panier. C’est très désagréable.
Au bout d’une heure, je rentre chez moi chargé de trucs inutiles destinés à pourrir dans le frigidaire. Je me roule en boule sous la douche et je pleure.
Mais lorsque j’y vais avec Elle, je le vis mieux. J’ai simplement l’impression d’entrer dans un club échangiste. C’est sans doute dû à l’ouverture nocturne, au videur à l’entrée et au pourcentage élevé de couples qui fréquentent l’endroit. À moins que ce soit à cause des regards. Ceux des hommes qui tâtent, soupèsent, ceux des femmes qui estiment, comparent. D’empathique je passe à violent. Heureusement elle est là, elle m’apaise, prête l’oreille à mes insultes contenues et m’évite les scandales gratuits.
Je pousse notre caddie, je la suis, simplement concentré sur elle et non plus sur les rayonnages. Au milieu de ces futurs déchets et de ces gens sans importance, sa nécessité brille d’une lueur singulière. Et à la regarder choisir et anticiper ce qu’elle va acheter, je me dis que je ne me suis pas trompé, elle est mon contrepoids parfait. Le supermarché devient un lieu de mysticisme amoureux.
Accoudé à mon caddie je l’aime. Elle n’est pas un produit, elle est unique.
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lapaire a publié ce billet